Hémicycle|

Le projet de loi constitutionnelle actuellement débattu intègre à l’article 1er de la Constitution la préservation de l’environnement, conformément à la proposition de la Convention citoyenne pour le climat. Cette révision constitutionnelle devrait être soumise à référendum en 2021.

https://www.vie-publique.fr/loi/278185-loi-article-1-constitution-preservation-environnement-referendum-climat

Je suis intervenu à plusieurs reprises lors de ses débats qui m’inspirent particulièrement.

L’objet de cet article unique devrait conduire à se poser deux questions principales, celle du référentiel dans le cadre duquel on en discute et celle de la capacité de l’homme, en l’occurrence en France, à agir sur les différentes composantes mentionnées dans cet article, c’est-à-dire à agir sur le dérèglement climatique et sur la biodiversité.

La sémantique de cette proposition m’a semblé en elle-même trop superflue pour apporter la substance nécessaire à ce projet. Il s’agit en effet de passer un contrat avec les générations futures, et non pas uniquement de nous inscrire dans le cadre circonstanciel de la révolution industrio-écologique.

Nous sommes en effet le fruit d’une évolution commune avec des micro-organismes, au cours de laquelle nous intégrons une partie de leur génome. Nous formons un tout ! On touche du doigt un problème que pose la rédaction du projet de loi.

La « préservation de l’environnement » ne veut rien dire en soi : celui-ci peut être délétère, il y a des tempêtes, des ouragans, des catastrophes naturelles, des extinctions d’espèces. Penser que l’environnement est toujours positif et que la diversité biologique n’est jamais délétère pour l’homme – elle l’est, dans certaines conditions – est très restrictif.

C’est pourquoi l’expression très partiale qu’il est suggéré d’inscrire dans la Constitution, et à laquelle une vision holistique et humaniste fait défaut, pose problème.

Il faut se poser la question du référentiel pour ne pas oublier que l’environnement sans humanité n’aurait aucun sens, sachant que ce référentiel est bien évidemment anthropocentré puisque les hommes font la loi pour les hommes, pour leur protection, mais qu’il est nécessaire pour réfléchir à plus grand que soi autour de nous.

L’homme, depuis son apparition jusqu’à son aboutissement comme homo sapiens sapiens, est le fruit d’une longue évolution de la vie depuis peut-être plus d’un milliard d’années, et cette mise en perspective montre qu’il est plutôt petit en ce qui concerne ses pouvoirs sur son environnement et finalement assez faible à l’aune des risques telluriques, contre lesquels il n’investit pas beaucoup, et faible pour prévenir des crises sanitaires, comme celle que nous vivons, qui concernent pourtant directement son organisme.

L’activité humaine industrielle et post-industrielle a bien sûr une action délétère sur l’environnement, et il faut se saisir de ce problème. Néanmoins, il convient de se poser en toute humilité la question de la place de l’humain dans la vie elle-même et donc de l’ampleur de ses moyens d’action.

C’est pourquoi, je souhaite substituer aux trois notions mentionnées dans cet article, peut-être trop précises, celle de nature d’une part, et celle de culture d’autre part, parce que la protection de la nature implique le respect de la vie sous toutes ses formes et, également l’acceptation de notre finitude, et que la culture démontre que nous ne sommes pas qu’une vie animale puisqu’elle permet à l’homme de s’extraire de sa condition, de créer, de se projeter en dehors de lui-même et donc de faire mieux en protégeant ses congénères. C’est une vision beaucoup plus holistique de l’humanité que celle que propose cet article.

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