Commission, Mission d'information|

Décembre 2020

La commission d’enquête à laquelle j’ai participé sur l’impact et la gestion de l’épidémie de COVID a rendu ses conclusions début décembre. Comme vous avez pu le lire après adoption à l’Assemblée nationale, puis devant le Sénat, le rapport est accablant et dénonce un manque d’anticipation et une “gestion chaotique” de la crise. J’ai souhaité vous livrer mes impressions personnelles sur cette mission d’enquête.

Le rapport est accablant et dénonce un manque d’anticipation et une “gestion chaotique” de la crise.

Je vous invite par ailleurs à consulter le rapport disponible sur le site de l’Assemblée Nationale.

Rapport de la mission d’information sur la gestion de l’épidémie de Covid 19

Les contes des uns, les comptes des autres

La crise sanitaire du COVID-19 a révélé le manque d’indépendance des élites scientifiques et médicales françaises.

L’état a déserté le financement de l’innovation pharmaceutique, l’éducation scientifique des internes et le développement de filières d’excellence dans la recherche hospitalo-universitaire. L’innovation dans certains domaines comme les « vieilles » maladies infectieuses est peu financée en dehors de la question du VIH, contrairement aux domaines « rentables » de l’immunologie, de l’oncologie ou des neurosciences.

Le prix faible du médicament en France et la contrainte d’exploitation des brevets avant la sortie du générique ont conduit à délocaliser la recherche dans des pôles d’excellence privés ou public-privé en Asie, aux États-Unis, ou encore en Suisse. Les entreprises du médicament y trouvent des conditions fiscales avantageuses et un écosystème universitaire et professionnel favorable. En France restaient des victimes faciles, que les lois Bertrand et Sapin 2 n’ont pas pu protéger du lobbying de l’industrie pharmaceutique.

Le travail conjoint des chercheurs et de l’industrie pharmaceutique conditionne le bien-être et la santé de nos concitoyens et le rayonnement scientifique de notre pays. Le rôle du politique est de favoriser ces coopérations, de protéger l’indépendance des médecins chercheurs et de permettre le maintien en France de l’industrie pharmaceutique.

Pendant la crise, les personnes qui ont orienté les choix politiques et occupé les médias avaient une faible légitimité sur les sujets concernés : maladies infectieuses et tropicales, médecine interne, épidémiologie et santé publique, industrie du médicament et du vaccin.

Les données de la base Transparence révèlent des conflits d’intérêts massifs, des invitations et des paiements, des voyages, des nuitées et des repas. La désertion de l’État a laissé la souveraineté en friche et la probité intellectuelle au vestiaire. Le grand public a découvert un univers cloisonné où des spécialistes autoproclamés pouvaient profiter de subsides sans être inquiétés par leurs pairs.

Une fois ce constat dressé, on comprend qu’il ait été difficile de faire preuve de résilience et d’efficacité dans la gestion de cette crise.

L’exemple du « Lancet Gate » 

Un des exemples les plus parlant est l’affaire dite du « Lancet Gate » ou « NEJM Gate ». Ce dernier est né de la publication de deux papiers dans ces revues, reposant sur une étude prétendant couvrir un ensemble majeur de patients positifs au COVID, du monde entier. 

Celle-ci est officiellement menée par le Dr Sapan Desai et son co-auteur, membre de sa famille par alliance, le Dr Amit Patel. La co-signature de deux éminents docteurs américains et un suisse leur ouvre la porte de ces publications prestigieuses. Le premier papier mettait en avant des chiffres -ils s’avèreront faux par la suite- de morbidité et mortalité cardiaque liés à l’hydroxychloroquine. Le second papier, dans le NEJM était censé mettre en évidence l’innocuité des inhibiteurs de l’enzyme de l’angiotensine ACE2 chez les patients COVID-19 traités par ceux-ci pour leur hypertension artérielle.

On aurait a priori toutes les raisons de se réjouir du traitement de telles données. Mais tout bon scientifique sait que la possibilité d’accès aux données brutes, ouvrant la possibilité d’analyses multiples est une nécessité, permettant de débusquer le manque de sérieux ou la manipulation d’une étude. Malheureusement, ni l’OMS, ni le Ministère de la Santé français ne se sont confrontés à l’exercice, amplifiant la transmission des informations erronées aux médias. Le tout donna ainsi lieu à une interruption temporaire des recherches et des études Solidarity et Discovery, déjà affaiblies par des bras hydroxychloroquine non optimisés en termes de posologie et d’associations médicamenteuses.

Suite à la mobilisation de scientifiques confinés en télétravail, mais bien présents sur les réseaux, dont votre serviteur, poussant à examiner cette étude de plus près, il s’est avéré qu’elle était à balayer, sous de multiples aspects. Pour commencer, la société de Sapan Desai, Surgisphere, l’ayant menée s’est avérée inexistante. Les employés de celle-ci n’étaient que des prête-noms, sans aucune compétence scientifique. Y figuraient : un ancien professeur de lycée de Sapan Desai aujourd’hui décédé, une auteure de romans fantastiques peu connue et une actrice de charme faisant office de vice-présidente du département commercial de Surgisphere. Les données publiques étaient construites de toutes pièces, incohérentes entre elles. Mais, malgré des requêtes pressantes, la société refusait de dévoiler les données brutes.

J’avais alerté publiquement sur ces manquements.

 

Malgré le préjudice subi et le retard dans la gestion de la crise, le gouvernement français n’a ni porté plainte ni initié d’enquête. Le pédigrée scientifique des charlatans aurait dû les alerter. La littérature scientifique était autrefois basée sur la confiance réciproque en les données rapportées. La critique se faisait sur les protocoles appliqués, les hypothèses de travail et les méthodes d’analyse. Portées par les vagues des fluctuations boursières, ces “fausses nouvelles” scientifiques ont atteint le grand public, dégradé la décision politique, et sali la confiance en la parole des scientifiques.

Les revues scientifiques ont su démêler les fils du mensonge, la tentative de recycler le Remdesivir pour lutter contre la COVID-19 a échoué. En Commission, le 17 novembre 2020, alors que je questionnais sur les suites à donner à cette affaire et les leçons à en tirer, M. le Premier Ministre Castex s’est contenté de répondre qu’il “[n’avait] pas connaissance du dossier” et “ne [pouvait] donner d’éléments [de réponse] à ce sujet”… Malgré des conflits d’intérêts majeurs, des experts du conseil scientifique n’ont pas été révoqués. D’autres ont continué de pavaner sur les plateaux de télévision, adaptant leurs prédictions et avis erratiques à la situation mouvante en espérant qu’internet n’avait pas plus de mémoire que l’oubli.  Le lien avec les français était déjà rompu. 

Un bilan sanitaire et politique âpre 

Les errements et l’absence de pédagogie du gouvernement ont participé au sentiment d’incertitude et à l’anxiété des français. Le coût politique de la crise ne sera connu que lorsque la population découvrira l’ampleur de l’ignorance, des mensonges et des compromissions. L’irrationnel se dispute au médiocre, ceux qui auront profité devront rendre des comptes.

Vous avez été nombreux à répondre au sondage que je vous soumettais le mois dernier concernant votre perception de la gestion de la crise sanitaire en France. Vos réponses sont consistantes avec le rapport de l’Assemblée car une majorité d’entre vous se dit insatisfait par la gestion du gouvernement, 75% d’entre vous attribut un score inférieur ou égale à 5.

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