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Genevoise d’adoption, la résistante française qui fit gracier son bourreau, Noëlla Rouget, s’est éteinte


Noëlla, née Peaudeau à Saumur (Maine-et-Loire) le 25 décembre 1919, la guerre interrompt ses projets d’avenir et ceux de toute une génération. Dès 1941, devenue institutrice, elle entre courageusement dans la résistance, comme agent de liaison, au sein du mouvement gaullien « Honneur et patrie », puis du réseau Buckmaster Alexandre Privet, monté par les services d’espionnage britanniques.
Elle se fiance alors avec Adrien, lui aussi instituteur et résistant.

Mais alors que les bans de mariage viennent d’être publiés, tous deux sont arrêtés.
Leur route a le malheur de croiser celle de Jacques Vasseur. Ce collaborateur français fanatique a grimpé les échelons de la Gestapo, au prix de nombreuses vies.
Son futur mari est ainsi torturé puis fusillé.
Noëlla est, quant à elle, emprisonnée. Le 31 janvier 1944, elle est déportée au camp Ravensbrück.
Pendant 14 mois, elle y vivra l’enfer.

“Il voulait nous enlever toute humanité”


À sa libération, elle a perdu 32 kilos et souffre d’abcès tuberculeux.

Alors qu’elle rentre à Angers, elle découvre qu’avant la mort de celui qui aurait dû être son mari, celui-ci a pu une dernière fois lui écrire son amour et l’encourage à refaire sa vie.

Soignée dans un sanatorium en Suisse, elle rencontre son mari en Helvétie et renoue avec une vie heureuse.

Mais le passé refait surface en 1962 alors que Jacques Vasseur est retrouvé et que, trois ans plus tard, s’ouvre son procès. Il y oscille entre lâcheté et déni, choquant les survivants et familles des défunts. Il est condamné à la peine de mort, par guillotine.

Dans un énième acte de droiture, Noëlla adresse une lettre au Général de Gaulle, alors Président, donc voici un extrait :
« La sentence que je redoutais a été prononcée. Depuis lors, Vasseur a signé son pourvoi en cassation. Sachant qu’il est possible que cette cassation soit refusée et qu’alors le sort du condamné serait entre vos mains, il me semble devoir, si je veux être logique avec moi-même, vous présenter cette requête. Parce que je crois en Dieu en qui je reconnais le seul maître absolu de la vie et de la mort ; parce que je crois en mon pays, à son esprit humanitaire qui l’amènera bientôt, j’espère, par une réforme législative, à abolir la peine de mort ; parce que je crois en vous, Général, que j’ai suivi avec élan, dans les rangs de la résistance ; et aussi au nom de la grande affection qui me lie à votre nièce Geneviève, je vous supplie, Monsieur le Président de la République, d’user, le cas échéant, de votre droit de grâce en faveur de Jacques Vasseur. »

Car, selon ses propres dires, son expérience des horreurs de la collaborations lui a rendu “toutes les atteintes à l’intégrité physique humaine insupportables”. Elle obtient cette grâce.

Elle continue son combat humaniste en racontant son parcours dans de nombreuses écoles suisses, pays où elle finira sa vie.

À en croire les éléments fournis par les auteurs de ses mémoires, par la sixième fenêtre du 6ème étage du 11 avenue Bertrand à Genève -adresse où elle vécut, pour l’essentiel- en laissant traîner ses yeux un peu plus loin que le parc du même nom, elle pouvait par beau temps admirer Le Salève. La France.

Et peut-on être plus fiers que d’avoir pu compter parmis les habitants de nos deux pays un regard plus combatif et plus doux que celui de cette femme ? gen

Si vous souhaitez -à raison- découvrir l’incroyable parcours de cette femme, je vous invite le lecture de l’ouvrage Noëlla Rouget, La déportée qui a fait gracier son bourreau, par Brigitte Exchaquet-Monnier et Éric Monnier:
https://www.tallandier.com/livre/noella-rouget/
ou encore le visionnage du documentaire de Véronika Janjic : Noëlla Rouget : témoigner, un acte de résistance !
https://edu.ge.ch/site/archiprod/noella-rouget-temoigner-acte-de-resistance/ 

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