Commission|

Vendredi 20 Mars 2020

Note et revue réalisée le 19 mars 2020.
Joachim Son-Forget, MD, MSc, PhD

Contexte

Le 20 janvier 2020, la Corée du sud a déclaré son premier cas de patient atteint du coronavirus (COVID-19), le bilan est en 5 jours passé à plus de 600 cas. Le 23 février, le gouvernement coréen a relevé le niveau d’alerte épidémiologique au niveau rouge, niveau d’alerte maximal (les déplacements non essentiels sur le territoire sont déconseillés).

Depuis le 25 février des clusters additionnels sont apparus à Daegu, Séoul (quartiers du Guro et Dongdaemun), Seongnam (banlieue de Séoul) ou dans le Gyeongsang du Nord (est de la Corée). Le 18 mars à 10h, lors de leur point quotidien, les centres coréens de contrôle et de prévention des maladies (Korea Center for Disease Control and Prevention ou KCDC) recensaient
8 413 cas confirmés dont : 6 789 contaminés, 84 morts et 1540 guéris. 7450 d’entre eux sont à Daegu et dans la province de Gyeongsang du Nord et 954 dans le reste du pays. Environ seulement 10% du total des cas sont dans le reste du pays.

Le gouvernement coréen insiste sur la transparence et l’ouverture, en réaction aux échecs d’une transparence relative lors de la crise du MERS en 2015. Le programme TRUST de lutte contre le virus a été ainsi mis en place. La transparence totale des données, associée à des tests agressifs sur les personnes asymptomatiques qui ont été en contact avec des patients confirmés, a permis d’identifier les cas les plus bénins, contrairement à d’autres pays. 

Le dogme coréen est que des données précises et à jour sont essentielles pour lutter contre la propagation mondiale.

Cela a permis, en regardant la vérité de front, de constater un nombre alarmant de cas confirmés en peu de temps, atteignant le plus haut niveau mondial en dehors de la Chine. Le dogme coréen est que des données précises et à jour sont essentielles pour lutter contre la propagation mondiale. Le pays procède de manière « transparente » pour partager ses données sur le COVID-19 avec la communauté internationale, disponible de manière exhaustive sur une page dédiée du KCDC 2

Programme TRUST en Corée du Sud

Transparency : plus de 19 000 tests ont lieu quotidiennement et les résultats sont communiqués instantanément, le temps de l’obtention du résultat. 

• Robust Screening an Quarantine : La Corée cartographie et suit les personnes infectées. Les personnes en quarantaine sont surveillées et risquent prison et amende en cas de manquement. L’amende initiale de 2500 euros environ pourrait être élevée à environ 9000 euros et jusqu’à un an de prison, il existe un projet législatif à ce sujet. La quarantaine est appliquée aux gens avec peu de symptômes et pouvant rester à domicile, et les proches des gens infectés. Des appels pluri-quotidiens vérifient l’évolution des cas et leur adhésion à la quarantaine. La Corée interdit aux personnes identifiées comme étant entrées en contact avec le COVID-193 de sortir de Corée pendant leur quarantaine personnelle de 14 jours, qu’elles présentent ou non des symptômes du COVID-19. 

Unique but Universally-applicable : La Corée utilise les Technologies de l’Information et des sites de tests en voiture (drive-thru) pour minimiser les contacts. Des applications mobiles recensent les mouvements des personnes infectées en amont du diagnostic, analysant également l’activité de leurs cartes de crédit. 

Strict Control : la Corée interdit aux personnes ayant été en contact avec des cas confirmés de quitter la Corée durant la quarantaine de 14 jours. Les personnes placées en quarantaine personnelle reçoivent également une indemnité de subsistance pour compenser la perte de salaire. 

Treatment : la Corée fournit des traitements médicaux aux patients infectés. Le traitement est gratuit pour les coréens et les résidents étrangers. 

2 https://www.cdc.go.kr/board/board.es?mid=&bid=0030 

3 Personnes qui se sont trouvées à moins de 2 mètres d’un patient infecté, au plus tôt, un jour avant que les symptômes n’apparaissent.

Mesures prophylactiques

Dès le relèvement du niveau d’alerte au seuil maximal, des mesures ont été mises en place : 

• Port du masque notamment dans les transports publics 

• Mise à disposition de gel hydroalcooliques dans les commerces 

• Distance minimale entre les personnes 

• Toux ou éternuement dans le coude ou dans un mouchoir à usage unique. 

Ces mesures barrières sont affichées sur les devantures des commerces, les parechocs des bus et rappelés en plusieurs langue dans le métro. 

Dépistage et Quarantaine 

Au 18 mars 2020, hors personnes contaminées, 287 234 personnes ont été contrôlées : 270 888 tests négatifs 16 346 résultats en attente. Le taux de mortalité est de 0.69% d’après le ministère de la Santé. Ces taux sont probablement les plus fiables (dans cette population type) dans la mesure où l’étendue des tests permet d’avoir un ratio plus fiable entre les effectifs de décès et la prévalence réelle de la maladie. 

Le taux de mortalité est de 0.69% d’après le ministère de la Santé. Ces taux sont probablement les plus fiables

La Corée du sud a mis en place un important dispositif de dépistage avec près de 600 centres à travers le pays. 18000 tests par jour peuvent être réalisés. 

Drive-thru, aujourd’hui imités au Royaume-Uni, aux Etats-Unis, et en Allemagne.

Près de 70 de ces centres, sont inspirés des drive-thru des chaines de restauration rapide. Les conducteurs peuvent s’inscrire et fournir des échantillons en moins de 10 minutes sans sortir de leur véhicule. Le patient reste dans sa voiture, il répond à un questionnaire, un infirmier prend sa température et effectue les prélèvements. 

Les avantages mis en avant d’une telle procédure de dépistage sont les suivants : i. Détection précoce en cas d’infection, ii. Minimisation de la propagation, iii. Précocité du traitement en cas de contamination. 

Le test, de l’ordre de 115 euros (160 000 wons), est gratuit sur prescription médicale ou pour les personnes ayant été en contact avec une personne contaminée (voir critères dans la rubrique suivante de Q&A sur le testing). Il est payant pour les cas non suspects testés sur base volontaire mais remboursé en cas de résultat positif. Le gouvernement prend en charge le coût total des frais médicaux pour chaque patient coréen ou résident étranger. Les prélèvements sont envoyés à des laboratoires opérant 24h/24 et les résultats sont obtenus en moins de 6heures au mieux, et envoyés sous 3 jours par SMS ou téléphone. 

Les patients dont la situation est la plus critique sont hospitalisés, ceux présentant des symptômes modérés sont envoyés dans des établissements spécialisés, enfin les patients présentant des formes les moins sévères (et suivant les conditions de vie familiale) sont astreints à une quarantaine de deux semaines. Une équipe médicale les appelle deux fois par jour pour surveiller leur état de santé et le respect de la quarantaine (amende jusqu’à 10 millions de wons et peine d’emprisonnement possible en cas de non-respect). 

En février, quatre compagnies coréennes ont été désignées en urgence par le gouvernement coréen pour produire les tests de dépistage : Seegene, SolGent, Kogene Biotech et SD Biosensor. Enfin en mars BioSewoom a reçu une autorisation à son tour. Ces sociétés ci-dessous ont reçu des demandes d’une trentaine de pays à travers le monde pour envoyer leurs kits de tests. Une quarantaine d’autres entreprises ont également déposé une demande dont CancerRop, Bioneer, Huons, LabGenomics, Sugentech ou Gencurix. Soucieux de la réputation de la qualité de ces tests, le gouvernement coréen a renforcé les procédures d’homologation. Aussi certaines d’entre elles verront leurs tests disponibles à l’étranger avant d’être autorisés en Corée du Sud, c’est notamment le cas de Gencurix, Bioneer and Genematrix qui ont déjà ou auront bientôt obtenu le marquage CE avant l’autorisation d’exporter. Des accords de licensing out entre ces sociétés pour distribuer les produits mondialement sont en discussion. 

Les sociétés ci-dessous ont reçu des demandes d’une trentaine de pays à travers le monde pour envoyer leurs kits de tests. 

➢ KOGENE BIOTECH Powercheck 2019-nCoV RT PCR 

La solution de Kogene biotech a été approuvée le 4 février. Le kit est capable de reconnaitre les souches du gène E du gène RdRP du virus. La production a augmenté progressivement jusqu’à 10 000 kits par semaine. Chaque kit peut administrer 50 tests, et chaque personne est testée deux fois en moyenne pour plus de précision. 

➢ SEEGENE Allplex 2019-nCoV Assay 

La solution de Seegen a été approuvée le 12 février. Elle serait la seule à pouvoir reconnaitre le gène E, le gène RdRP et le gène N, les 3 cibles génétiques du Covid 19. Le kit peut réaliser 1 000 tests en même temps dans un délai moyen de 4 heures. La société a développé un test de dépistage en moins de trois semaines en faisant notamment appel à ses algorithmes d’intelligence artificielle. La société déclare pouvoir produire 10 000 kits par semaine (avec des capacités maximales à 100 000) et chaque kit peut tester 100 patients. La production d’un kit est évaluée à18 euros. Seegene a reçu des demandes de tests de la part d’une trentaine de pays depuis février (Allemagne et Italie notamment). 

Seegene est distribué en France par Eurobio Scientific (ex Diaxonhit) 

➢ SOLGENT: DiaplexQ N Coronavirus Detection kit 

La solution de Solgent a été approuvée le 27 février. Le kit détecte les souches du gène E et du gène RdRP du virus en moins de 2 heures. La société déclare pouvoir produire 15 000 kits par jour.

➢ SD BIOSENSOR: STANDARD M nCoV RT Detection kit 

La solution de SD biosensor a été approuvée le 27 février. Le kit détecte les souches du gène E et du gène RdRP du virus. SD Biosensor est distribuée en France par Orgentec. 

➢ BIOSEWOOM Real-Q 2019-nCoV Detection Kit 

La solution de BIOSEWOOM a été approuvée le 13 mars. Immunoassay et tests PoC (point of care) .

Le principe de ces tests est de simplifier et de décentraliser la méthode de diagnostique, en offrant des kits utilisables au lit du malade, à son domicile, ou chez le médecin traitant, avec l’obtention d’un résultat quasi-immédiat. Les tests basés sur la RT-PCR restent la méthode de référence, et comme on l’a vu ci-dessus, plusieurs tests existent et peuvent tester à des degrés divers un plus ou moins grand nombre d’échantillons et offrir des résultats plus ou moins rapides, de l’ordre de quelques heures. 

La société PCL a requis une demande d’autorisation pour ses tests basés sur des anticorps. Ce kit de detection nommé COVID-19 Ag GIVA Rapid avance être en capacité de réaliser des tests de detection du SARS CoV2, avec une haute sensibilité en une dizaines de minutes. Sa directrice est madame Kim So Youn4. A Taiwan, l’academia sinica a annoncé la creation d’un anticorps monoclonal portant la N protein du coronavirus SARS-CoV2, pouvant être à la base d’un test immunologique rapide capable de détecter la maladie en quelques minutes sur le modèle d’un test pour la grippe. BioMedomics en Caroline du Nord a également annoncé avoir créé un test immunologique basé sur des IgG et IgM permettant de réaliser des tests sur du sang veineux collecté par la piqûre du doigt, en attente d’approbation FDA.

Traçabilité des personnes infectées et épidémiologie en temps réel

Les sociétés de télécommunications en lien avec les municipalités se sont associées pour envoyer des alertes d’urgence à toute personne se trouvant à proximité des zones à risque confirmées, pour informer individuellement par SMS et messagerie instantanée les personnes exposées. Des applications mobiles ont été développées pour permettre aux utilisateurs d’éviter les zones à risque connues, en fournissant des informations détaillées sur le lieu et l’heure exacte de la visite des patients dont l’infection par le COVID-19 a été confirmée. 

4 https://kr.linkedin.com/in/soyoun-kim-02264a57 

5 Source wikipedia : https://en.wikipedia.org/wiki/COVID-19_testing 

L’application la plus populaire est Corona 100m ou « Co100 ». Elle alerte un individu quand il est à moins de 100m d’un lieu visité par un individu infecté. 

La Corée du Sud a également développé des kits de diagnostic qui fournissent des résultats rapides et précis et permettent d’obtenir un grand nombre de résultats dans des délais courts. Plus encore, des développements sont en cours sur des dispositifs de type PoC (point of care testing) basés sur des techniques d’immunologie, à forte sensibilité et spécificité, bien que le diagnostic de référence demeure la RT-PCR 

Autres initiatives

• Une application a été développée pour effectuer le suivi des personnes en quarantaine. 

• Les voyageurs arrivant en Corée (après avoir rempli un questionnaire sanitaire et pris leur température) doivent également installer une application sur leur téléphone pour permettre aux autorités sanitaires de surveiller leur état de santé deux fois par jour. 

• Le site coronamap.site fournit des informations sur le nombre de patients contaminés par le Covid-19 et leur trajet. Il utilise différentes couleurs (vert, jaune et rouge) : un cercle rouge signifie qu’un patient a visité l’endroit il y a moins de 24 heures, tandis qu’un cercle jaune signifie que quelqu’un était là jusqu’à huit jours et vert plus de neuf jours. 

Afin de renforcer la sécurité des personnels médicaux, certains hôpitaux ont mis en place des cabines téléphoniques de consultations. Derrière une vitre en plastic dans une cabine à pression négative le patient peut parler à l’aide d’un combiné au médecin, ce dernier en combinaison à l’aide de ventouses peut effectuer des prélèvements salivaire et nasal en cas de doute. La durée de la consultation est évaluée à moins de 10 minutes.

6 http://www.koreaherald.com/view.php?ud=20200318000713&np=1&mp=1 

Préparation en amont de la Corée du Sud

Celle-ci est liée aux traumatismes passé du SARS et du MERS (ramené par un coréen du Moyen-Orient dans ce dernier cas). Le pays a fait le choix de privilégier le déploiement de capacités exceptionnelles pour anticiper une future épidémie, en faisant passer au 2nd plan la question de la protection des données individuelles. Le pays a ainsi développé des techniques d’investigation sur les cas-contact. L’indice Global Health Security la place globalement au 9e rang y compris sur des indicateurs liés à la prévention et au management d’épidémies préoccupantes au niveau international. 

Le déploiement des recommandations de « distance sociale » et l’observation des consignes d’hygiène se fait probablement sur le terrain favorable d’habitudes sociales de respect interindividuel et de l’autorité publique et politique, et culturelles de salut à distance par inclinaison du buste, de non-port de chaussures dans les foyers. Réciproquement les habitudes de pratique religieuse et de réunions de personnes en forte densité semblent avoir été un élément défavorable à l’émergence de foyers initialement comme récemment. 

Photos : fournies par le gouvernement coréen Sources : gouvernement coréen, Club-Santé Club France-Corée (Mathieu Elie, PhD vice-president Guerbet), littérature scientifique disponible

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