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Mercredi 11 octobre 2017

Mme la présidente Marielle de Sarnez. Avant de donner la parole à M. Joachim Son-Forget, je tenais à dire publiquement que je le remercie de nous avoir aidés à entrer en contact avec vous, monsieur l’envoyé spécial.

M. Joachim Son-Forget. Monsieur l’envoyé spécial, je voudrais saluer votre travail et votre persévérance. Vous avez su persévérer là où d’autres ont peut-être jeté l’éponge et votre rôle devient encore plus important à un moment où le conflit armé, à proprement parler, touche à sa fin.

Nous assistons à la consolidation de la présence des restes de Daech dans la moyenne vallée de l’Euphrate, autour de Deir ez-Zor. C’est même parfois un peu cynique puisque les derniers combattants de Daech dans la Bekaa, au nord du Liban, ont été envoyés par bus jusqu’à Deir ez-Zor. Nous en arrivons à un stade où les forces soutenues par le régime et les Russes, d’un côté, et les forces occidentales, de l’autre, vont s’intéresser au contrôle de champs pétrolifères et gaziers. Une fois Daech éliminé, ils n’auront plus de prétexte pour se disputer. L’ONU devra alors prendre toute sa place pour éviter que ce conflit ne se transforme en un partage de ressources. Qu’allez-vous faire, quel processus d’intégration va-t-on enclencher pour tous les civils qui accompagnaient Daech ?

Ma deuxième question porte sur un sujet qui me tient à cœur : les couloirs humanitaires et l’accès des soignants, la protection des soignants partout sur le territoire syrien. Au cours des dernières semaines, nous avons assisté à un regain de frappes aériennes sur plusieurs hôpitaux autour d’Idlib, de Hamah, du malheureusement célèbre Khan Cheikhoun. Que peut-on faire pour assurer la protection des soignants partout où ils se trouvent ? Alors qu’une partition se profile à l’horizon, nous avons un souci : certaines organisations non gouvernementales (ONG) interviennent via la Turquie et elles ne pourront pas forcément retourner du côté kurde. Comment les Nations Unies pourraient-elles assurer au mieux la sécurité des soignants où qu’ils se trouvent ? Tout civil et tout soignant doit être respecté dans un conflit.

M. Staffan de Mistura. Que se passera-t-il à Raqqa et à Deir ez-Zor ? Je pense comme vous, monsieur Son-Forget, que la reine ou le roi seront nus. On prétendra avoir gagné contre Daech, mais ne s’agira-t-il pas simplement d’avoir battu ce groupe dans les deux villes susmentionnées ? La victoire ne sera acquise que par une solution politique. Autrement, c’est qu’aucun enseignement n’aura été tiré de Mossoul. Répéter l’histoire trois fois reviendrait à commettre une véritable bêtise et je me sentirais moi-même en difficulté, ayant vécu cette histoire.

Les bombardements qu’effectuent le gouvernement syrien et l’aviation russe sont très regrettables et il faut insister sur le fait que les hôpitaux doivent être épargnés. Hélas, tous les camps les ont ciblés, pour la raison suivante : dans cette guerre, qui est l’une des pires que j’ai connues dans ma vie professionnelle, les hôpitaux — sur le toit desquels, pour les protéger, nous avions un temps envisagé de planter le drapeau de l’ONU, ce qui n’aurait eu pour seul effet que de donner une raison supplémentaire de les bombarder, et que nous avions envisagé de transformer en hôpitaux souterrains secrets, ce qui aurait incité les belligérants à les cibler au motif que des armes pourraient y être cachées, ce qui, d’ailleurs, s’est peut-être produit dans certains cas — ont été frappés pour pousser la population civile, en particulier les familles comprenant de nombreux enfants, à quitter la ville de Raqqa, la laissant livrée aux seuls terroristes et autres combattants, à l’abri des regards. La seule manière de contrecarrer cette terrible stratégie consiste à constamment frapper du poing en public. Les derniers rapports montrent d’ailleurs que ces bombardements sur les hôpitaux ont cessé après que l’ONU et d’autres, Amnesty International par exemple, ont protesté.

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