Commission|

Vendredi 20 Septembre 2017

Selon ma conception, la voix de la France doit se faire entendre partout et sur tous les sujets, c’est une attente de nos interlocuteurs internationaux et nous nous devons d’anticiper tous les changements géostratégiques majeurs, parfois proches comme les enjeux liés à l’énergie verte qui verront changer en profondeur les rapports de force entre puissances d’hier et puissances de demain.

Audition en Commission des Affaires Etrangères

Question de Joachim Son-Forget

Bonjour,

Merci de votre exposé, Monsieur Heisbourg. Je vous salue aussi un peu en voisin, car je vous sais aussi impliqué au GCSP à Genève et je suis député des Français de Suisse.

Je souhaiterais rebondir sur un point que vous avez évoqué, celle d’une application différentielle, dans différentes régions du monde, tout en le mettant en perspective avec une prudence stratégique pour anticiper les grands changements.

Alors je ne suis pas d’accord sur l’idée d’une implication différentielle, et c’est à ce titre que je voulais avoir votre opinion. On a vu notre Président de la République très investi comme médiateur sur beaucoup de sujets dans des régions que d’aucun auraient définies comme loin de notre région d’influence, je pense au Venezuela, éventuellement au Levant également. Je trouvais que cela avait l’avantage que nous ne soyons ni juge ni partie à la fois, et donc d’une position médiatrice peut être plus aisée que pour d’autres acteurs.

Quant à la question d’anticiper les changements liés par exemple à l’économie verte, je voudrais avoir votre opinion dans la mesure où on aura un rééquilibrage des puissances, si demain les grands champions sont par exemple les pays producteurs de lithium — le Chili, la Bolivie, la Chine, que sais-je — comment faudrait-il envisager ces changements, cela veut dire s’impliquer un peu partout dans le monde, ça veut dire, la bombe à retardement du Nigeria, et par exemple, du Venezuela, deux pays économiquement faibles, malgré qu’ils soient producteurs de pétrole…

Si l’on ne s’investit pas un peu partout dans le monde pour penser ces changements à venir, est ce qu’il n’y a pas un risque à se voir déposséder d’une influence dans le cadre de ces évolutions ? Merci.

Réponse de François Heisbourg

La France est membre permanent du Conseil de Sécurité, elle a donc le devoir de s’intéresser à tout. Ça c’est un fait. Nous devons être sur tous les coups qui se discutent aux Nations Unies, et nous en avons les moyens.

Nous avons par ailleurs l’atout, qui est peut-être en train d’être perdu par les Britanniques, que possèdent les Américains, que possèdent les Russes et qu’acquerront — ou qu’acquièrent déjà — les Chinois : nous avons la capacité de penser mondialement. Ça c’est un vrai atout. Mais en ce qui concerne ce qui coûte cher, en argent et en hommes, en vies humaines et en sang des soldats, et la poche du contribuable, et oui il faut faire quelques distinctions.

Nous n’allons pas investir militairement et en matière d’APD au Venezuela, du moins je l’espère. Et il faut par ailleurs faire attention, de ne pas céder à la tentation, par ce que tout le monde nous y pousse, à rentrer dans des médiations, où les situations ne sont pas mûres, pour être l’objet d’une médiatisation. Les Koweitiens poussent les Français et les Britanniques à s’investir dans le conflit entre l’Arabie Saoudite et quelques autres vis-à-vis du Qatar…

Attention, attention, cela risque d’être un peu douloureux à la sortie.

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