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Mardi 11 Juillet 2017

Audition en Commission des Affaires Etrangères

Question de M. Joachim Son-Forget

Depuis 1963, le Mali a connu quatre grandes crises majeures, liées notamment à la situation prévalant dans le nord du pays. Ces crises se sont quasiment toutes terminées par des accords allouant un statut spécial à la région et promettant davantage d’autonomie. Malheureusement, ils n’ont pas pu être implémentés suffisamment en substance et ils n’ont fait qu’accroître le scepticisme de la population vis-à-vis de l’État. Comme vous l’avez rappelé et contextualisé avec brio, la situation est désormais plus complexe compte tenu de la difficulté à distinguer les trafiquants, les groupes armés et les groupes armés terroristes.

Quel type de négociations peut-on aborder avec les groupes armés et les organisations criminelles auxquels profitent les trafics de toutes sortes que vous avez rappelés ? Quels outils comptons-nous déployer contre ces acteurs qualifiés à juste titre de greedy spoilers par les chercheurs des Nations unies ? Je souhaiterais une réponse sur quatre points soulignés par ces auteurs : la construction et le maintien d’une communauté de soutien, en imaginant qu’une partie est réalisée par la cellule de médiation de la Mission multidimensionnelle intégrée des Nations unies pour la stabilisation au Mali (MINUSMA) ; le programme socio-économique ; la dissuasion qui doit accompagner les mesures éventuelles d’amnistie et de négociations ; le contexte institutionnel qui doit être cohérent et efficace et qui implique la solidité de nos partenaires. Quel type de négociations peut-on engager avec les groupes à agenda criminel, afin d’imaginer une issue à la suite des opérations purement militaires ?

Réponse de M. Jean-Yves le Drian

Nous avons une exigence à l’égard des autorités maliennes : elles doivent appliquer les accords d’Alger, signés il y a deux ans, qui impliquent un processus de décentralisation et un mode de gouvernance pour le nord du Mali. Les autorités intérimaires, prévues par les accords d’Alger, tardent à se mettre en place.

Monsieur Son-Forget, vous avez aussi évoqué ces accords qui forment un tout. Ils sont soumis à des préalables : démobilisation, désarmement, réintégration. Il existe parfois une grande porosité entre les groupes armés signataires des accords et les groupes réputés terroristes. L’application des accords d’Alger signifie que les groupes signataires doivent s’intégrer dans un dispositif militaire global de l’armée malienne. Le processus doit se faire en plusieurs étapes, en commençant par la création de patrouilles mixtes comme celles qui ont déjà été créées à Gao.

Les progrès sont trop lents. Il faut beaucoup de volonté politique pour appliquer ces accords qui comportent aussi un volet sur le développement du nord du pays et qui pourraient régler nombre de problèmes. À chaque occasion, nous rappelons aux autorités maliennes cette nécessité – dont ils sont maintenant conscients – de les mettre en œuvre. Tous les partenaires du Mali, y compris le représentant des Nations unies à Bamako, leur tiennent le même discours. Tant que ces accords ne seront pas appliqués, il sera difficile d’envisager un retour à la sérénité dans ce pays.

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